A Star is Born

A Star is Born

Tenter d’accrocher le présent et briser la tragédie

S'inscrire dans un présent

A Star is Born ne parvient jamais à s’inscrire pleinement dans le présent classique légué par les adaptations précédentes. L’œuvre originale de William Wellman, produite par le légendaire David O. Selznick, puis celle de George Cukor, la version culte avec Judy Garland, fonctionnent sur une grande idée du système hollywoodien : la lisibilité classique permet d’énoncer, d’un présent factuel, les histoires non-inscrites dans une temporalité précise tout en créant des mondes. be au présent simple régit ainsi le film.

Le continuum des premières versions n’autorise pas les flashbacks. Pour une fois contaminé par le registre tragique, le système de ces productions est beaucoup trop dense pour mobiliser d’une autre manière le factuel du simple present originel. Cooper tente pourtant plusieurs fois d’accrocher ce présent, comme dans cette séquence de rencontre entre Jack et Ally.

La chanson la plus culte du monde les réunit (La vie en rose d’Edith Piaf) d’abord par l’intensité de leurs regards respectifs puis par la tentative maladroite de rapprochement des stars qu’effectue un cadre malicieux, figé avant l’aboutissement de son mouvement. Cette frustration d’une première proximité désamorcée est très vite déjouée par l’avènement de la rencontre au sein de la même impulsion. Régis par leur système mélodramatique, les deux personnages expriment un romantisme sidérant par le biais de leurs interprètes d’exception.

Déverrouiller le schéma classique

Dès lors, le film ne s’envisage plus classiquement car il se tourne vers le présent continu. Bradley Cooper devient vainement un fantôme plutôt que d’assumer de nourrir le régime du film. Son personnage hante plus qu’il n’offre à vivre à Ally. Il ne peut se contenter du schéma que les classiques lui ont légué : une partie de l’essence d’A Star is Born s'éclipse à force de complexifier la figure qu’il interprète en l'enfermant dans un rôle non moteur de l'avancée de la jeune femme. Tout ce que déploie la double expérience du temps horizontal ( le temps prosaïque selon Bachelard), à la fois l’ascension et la chute, donc le croisement des destins, disparaît dans les méandres du personnage de Jack.

Une star naissante plutôt qu'Une star est née permet d’autres possibilités narratives. Les temporalités s’entrecroisent (les flashbacks en sont l’exemple le plus concret) et l’ascension d’Ally s'exécute en hors-champ dans la deuxième moitié du film. Une réflexion émerge et remplace l’affirmation du titre : comment la star s’est-elle construite ? La pauvreté relative de ce questionnement dénature l’histoire originale et fait plonger le film dans une apathie formelle.

Vaincre la tragédie

Si l’expérience du temps horizontal, propre à A Star is Born, est gâtée par la prégnance inédite du personnage de Cooper, celle du temps vertical (non-prosaïque) et musical est portée par le sublime personnage d’Ally, interprétée par une Lady Gaga touchée par la grâce. La bande originale plaisante et le filmage des concerts, bien au-dessus de la proposition esthétique générale du film, parachèvent le versant transcendantal (dans l'idée qu'il transcende le prosaïsme de la condition humaine et de la structure tragique) d’un film qui choisit finalement de graver en chacun de nous une belle idée : comme dans les versions pionnières, les parenthèses musicales sont en mesure de briser la mécanique implacable d’une tragédie, et cela malgré la course effrénée que mène ce remake contre le présent. 

 

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