Anna and the Apocalypse de John McPhail

Anna and the Apocalypse

L'APOCALYPSE SELON MCPHAIL

L’année dernière, Vivien avait publié une critique sur le film d’ouverture de l’étrange festival, Mayhem, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il était resté sur sa faim. Qu’en est-il du cru 2018 ?

Anna and the Apocalypse est un film qui se revendique comme délirant, saugrenu et original. Le réalisateur nous présente d’ailleurs son oeuvre, lors de la séance, comme un one man show. L’effet qu’a le synopsis sur le spectateur amateur d’un « cinéma de genre » des années 80 est immédiat. On pense de suite à Shaun of the Dead d’Edgar Wright et cela provoque deux types de réactions : les amateurs de ce dernier jubilent, s’attendent à l’exutoire promis mais les autres, dont je fais parti, voient venir l’animal. Nul besoin d’un deuxième Shawn of the Dead, d’autant que le premier était complètement dispensable.

De fait, ce film donne matière à un débat que je vais exposer très rapidement pour mieux revenir sur le film. Il semble qu’une partie du public friand d’un « cinéma de genre » ait décidé de se contenter d’un « pastichage » en règle des années 80, qu’ils défendent comme l’antagoniste du cinéma commercial à l’international et des financements du CNC en France. Alors, il y a là un malaise : comment un cinéma se revendiquant à la marge, que certains cinéphiles appellent de leurs souhaits en le présentant comme la révolution à venir, peut-être aussi pétri de vide. Un débat sur le sujet semble devoir être mené de toute urgence car les autres défenseurs d’un cinéma bis peuvent s’estimer lésés. C’est ce que ce sont révélés être les deux dernier films d’ouvertures : des grands feux de camps pour une partie seulement des amateurs de genre, pour la plupart réactionnaires.

Pour en revenir au film, le fait qu’Anna and the Apocalypse soit un mash-up du school teenage movie de Hughes ou du film de zombie de Romero, n’en fait qu’un film anachronique, qui aurait pu tenir debout par ailleurs. Mais le pauvre John McPhail se heurte au problème majeur du film : une absence totale de mise en scène.

Car n’est pas Tarantino qui veut, pas même Edgar Wright qui a prouvé plusieurs fois qu’il était un bon cinéphile mais un mauvais metteur en scène, il faut avoir les moyens de ses ambitions réactionnaires. Anna and the Apocalypse brille comme une comédie musicale non construite rythmiquement. Cela se ressent de facto dans les médiocres chorégraphies qui ne sont certes pas aidées par la musique mais également dans le corps dramatique de l’oeuvre. Aucune possibilité d’empathie envers des personnage dont le corps ne renvoie aucune passion, aucun mouvement. Le scénario, naïf à souhait, n’en porte pas le préjudice car c’est bien l’absence d’idées au cadre qui rend tous ces personnages patauds. Le système du film fonctionne autour de son actrice qui se révèle bien incapable de résister à cette pression. Pourtant, l’impression qu’elle sauve le film par sa voix et la maitrise de son corps - le parallèle avec Blake Lively dans Gossip Girl dans la manière de se mouvoir et de séduire me semble évident - persiste au sortir de la salle car le reste du casting se noie dans l’absence de direction d’acteurs.

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