Le Parc de Damien Manivel

Le Parc

MANQUE DE TEMPS

Damien Manivel fait son retour et nous réchauffe de son rayon de soleil Le Parc, en ce terne mois de janvier. Le film fait du bien, nous rappelant avec nostalgie les balades estivales dans les parcs municipaux. C'est par un récit épuré, imprégné d'une poétique du quotidien, que ces souvenirs solaires nous reviennent. Un garçon et une fille se donnent rendez vous dans un parc. Le rendez vous tourne vite au flirte. Le garçon part le premier au crépuscule, laissant, seul, la jeune fille qui ne le reverra jamais. Celle ci déambule dans le parc la nuit comme pour exorciser son chagrin d'amour.

Le parc est montré comme un espace infini. Dans une logique de vignettes, c'est à dire qu'un plan fixe est une séquence, Manivel crée un hors champs qui ne nous permets pas de relier les divers endroits du parc entre eux. Il est impossible de se repérer, les scènes et scénettes ne se recoupent jamais spatialement. De cette belle idée, Damien Manivel n'arrive malheureusement pas à nous emmener à la hauteur de nos espérance. Cet effet de la mise en scène tourne en rond, il est trop systématique et s'enferme dans une logique formelle qui s'épuise. Les scènes s'enchaînent sans qu'une imprégnation du réel et de l'atmosphère puisse se faire, à tel point qu'on a l'impression que le film aurait pu être bien plus court. Le film va trop vite. Le rencart tourne au flirte trop rapidement. Pourtant, la tension amoureuse entre les deux personnages aurait pu être le cœur battant du film dans son intégralité. Au lieu de cela, Manivel nous propose une seconde partie absurde et burlesque placée sous le signe du rêve. L'onirisme nous laisse de marbre, les scènes de nuit étant éclairés trop frontalement, révélant une image nocturne fade. Le Parc nous propulse pourtant dans de belles échappées lorsque la caméra tourne un peu plus longtemps, comme cet instant de flottement lorsque la jeune fille ose prendre la main du jeune garçon et que le silence s'installe entre eux. Il manque du temps au film, de sorte que le réel nous envahisse de son ambiguïté et de sa poésie.

 

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