Nocturnal Animals de Tom Ford

Nocturnal Animals

ELOGE

Un film exempt de toute qualité plastique tentant un travail d'auto-réflexivité de sa propre médiocrité visuelle et narrative est une matière première filmique intéressante. L'ouverture. Ces femmes, vieilles et obèses, dansant avec des couvres chefs de majorettes, sont montrées avec autant de préciosité dans la vidéo qu'elles sont lourdes dans la réalité d'un vernissage ultra moderniste ou, entre les murs blanc amovible de cette froide galerie d'art, le visiteur satisfait enchaîne les coupes de champagne pour oublier qu'ici, l'art se noie dans son insignifiant pompiérisme. Cette mascarade est orchestré, par Susan, personnage fantasmagorique, interprétée par Amy Adams. L'actrice, au teint blafard et à la peau laiteuse, est l'archétype du vampire dramatique, personnage bourgeois invitant la haute société à de somptueuses débauches, ici artistiques, puis se retirant seul dans son manoir, focalisée sur ces derniers souvenirs humain. Car, par définition, le vampire n'est pas vivant, il est juste le reflet terne d'un monde en berne. Peut-être érotisant dans le cadre d'envie nécrophilique latente, le corps de l'actrice est traité à la limite du baroque, rajoutant à ce fourre tout artistique, une touche extrêmement kitsch. Si nos yeux saignent, le courage de Tom Ford impressionne.

C'est dans la bouche de la pauvre Susan, au cœur tapageusement rabougri, que l'on entend la phrase la plus sensée du film et celle qui nous met dans les rails du fond de la pensée de l'auteur : « Médiocre, tu l'as dit, médiocre ». Tom Ford semble mener une croisade contre la vacuité d'une certaine forme d'art. Cela nous mène à l'instant ou Susan reçoit le manuscrit d'Edward, son ex. A partir de là, le film sera simplement un long parallèle entre la vie du vampire qui semble utiliser le livre comme une madeleine de Proust à ces déceptions sentimentales et le déroulement d'un piètre « rape and revenge » écrit par un auteur décrit comme négligeable par le film lui même. La mise en scène et la plastique passe de l'état que nous avons décrit plus haut, à une extrême passivité, que l'on pourrait presque apparenter à de la fainéantise intellectuelle de la part de Susan puisque on est dans son espace mental lorsqu'elle lit. A force de dépeindre la mort sentimentale de son personnage, et la médiocrité de l'art, en la faisant apparaître à l'écran, Tom Ford ne réussit pas à s'extraire de cette vacuité. Là ou on l'attend sur un tour de force artistique afin de rendre ses lettres de noblesses à l'écriture et à la plastique, Tom Ford est représentatif, ce qui nous donne l'irrémédiable impression qu'il est au niveau de ce qu'il décrit.

Jamais le film n'explose, il reste sage en toute circonstance. Plat aussi. Malgré tout certaines séquences se révèlent d'un caractère intéressant car, comme nous l'avons dit en ouverture, l'angle d'attaque choisi par Tom Ford est une bonne matière filmique, et courageuse qui plus est. A la suite d'une nuit blanche à lire le livre, Susan se rend à une réunion du conseil d'administration de sa galerie d'art. A ce moment là, quelque chose nous agace forcément : « Pourquoi les centre d'art contemporains ressemblent à des apple stores ». Susan s'arrête à ce moment là devant une toile ou le mot « REVENGE » est marqué en noir sur fond blanc. Si l'on a connu plus fin comme amorce d'une suite, la fin de la séquence est intéressante. Une jeune femme lui montre une application qui lui permet de voir sa fille en direct sur son Iphone. Susan prend l'appareil en main, un screameur l'effraie et le téléphone tombe au sol et se brise. Briser cette Iphone est paradoxalement l'un des moments les plus justes du film dans la trajectoire qu'il s'est lui même tracé. Mais le plus beau moment du film, celui qui le sauve somptueusement, est le cri de détresse du personnage de Jack Gyllenhaal: « Je ne suis pas faible » dans le livre d'Edward. Toute l'identification que l'auteur réalisateur a porté sur ce personnage, mauvais écrivain, mauvais père de famille, mauvais petit ami, artiste raté (ici les deux personnages : Tony Hastings et Edward Sheffield se confondent dans l'imaginaire de Susan et dans le notre) explose dans une phrase, climax et bilan, aberrante de médiocrité. Son idée de départ, mal traitée pendant la majorité du film, est ici sublimée.

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