Rester Vertical d’Alain Guiraudie

Rester Vertical

ONIRISME ET UTOPIE

2016 marquait le retour d'Alain Guiraudie. Après la réussite de son dernier film L'inconnu du Lac, considéré par beaucoup comme un classique instantané, le réalisateur français quitte le soleil du sud pour nous emmener entre la Bretagne, la Lozère et le marais de Poitevin dans son dernier film Rester Vertical. On passe de l'été chaud, érotique et passionnel de L'inconnu du Lac à un hiver froid et rude où le vent déferle sur les collines. Guiraudie reste fidèle au thème de la passion amoureuse, cependant un nouvel élément vient court-circuiter son cinéma : un nourrisson. Il devient le principal moteur de fiction.

Le film suit le vagabondage de Léo, un réalisateur trentenaire, qui ne réussi pas à terminer son scénario. Il roule en voiture dans la campagne, puis marche longuement à la recherche de nouvelles têtes pour jouer dans son film. Il rencontre sur son chemin une fermière, Marie, dont il s'éprend. Très vite un enfant né de cet amour. Marie s'en va, laissant Léo élever seul leur l'enfant. Le jeune cinéaste se voit livré à lui même dans son nouveau rôle de père. Dès les premières minutes du film les événements s'enchaînent. Le spectateur est embarqué dans un récit à la logique absurde. Les intrigues autour de ce personnage s'accumulent à la manière d'un rêve voir d'un cauchemar. Léo est harcelé par son producteur, Marie veut retrouver le bébé qu'elle rejetait, la police le recherche pour avoir euthanasié un vieil homme... L'étrangeté du film est de mêler cet onirisme à une représentation réaliste des choses. Guiraudie va jusqu'à filmer un accouchement en gros plan, en direct. Ces plans peuvent nous apparaître comme des visions hallucinées de Léo. Hallucinations légères qui dérèglent le réel par l'absurdité des situations.

La vision du monde créée est utopique. Léo peut être aussi bien attiré par de vieilles personnes, que par de jeunes femmes ou de jeunes hommes... Le titre est un sous entendu phallique, qui doit être compris comme un éloge du désir sexuel. Stéphane Delorme avait raison de ramener librement l'expression rester vertical au mouvement Nuit Debout. Cet emblème du film est bien entendu politiques. Nous ne sommes pas habitué à voir au cinéma un artiste rencontrer des ouvriers, ce qui est bien regrettable. Guiraudie fait le choix de dire non au naturalisme. Il exprime son ressenti politique avec des images marquantes comme, ce hors champs de loups évoqué par la fermière et son père, qui hante le film, à la manière d'un conte. Ces loups coupables naturel d'une misère permanente. Léo après sa longue errance devient ermite, terminant encerclé par ceux-ci. « Il faut rester vertical » dit-il avec calme et assurance.

 

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