The Assassin de Hou Hsiao-Hsien

The Assassin

ELOGE DE LA LEGERETE

Au festival de Cannes 2015, The Assassin était l'un des seuls films de la compétition à sortir du lot. Il fut récompensé par un maigre prix de la mise en scène, derrière le triomphe de Dheepan de Jacques Audiard, aussi pauvre dans le fond que dans la forme. Une fois de plus le palmarès marquait le triomphe d'un certain académisme de festival face à d'étranges objets filmiques comme le film de Hou Hsiao-Hsien peut l'être, ou comme l'était aussi en 2014 le Adieu Au Langage de Jean-Luc Godard. C'est certainement parce que ces œuvres ne peuvent être comprises de prime abord qu'elles ne remportent pas la récompense suprême. Or la puissance du film The Assassin c'est de nous emmener en eaux troubles. La narration étant peu limpide, il faut aussi accepter de ne pas tout comprendre, de se laisser porter par la mise en scène, aussi fluide que légère comme peut l'être ce si beau personnage de Yinniang interprétée par la merveilleuse Shu Ki.

Dans la Chine du IXème siècle, le film s'intéresse à Yinniang, une femme qui appartient à « l'ordre des Assassins ». Sa mission est de rendre la justice en tuant des tyrans. Le cœur dramatique de The Assassin se déploie lorsque celle-ci apprend qu'elle doit tuer un homme qu'elle aimait autrefois. Yinniang se trouve alors aux prises d'un dilemme entre l'éthique de l'ordre et ses propres passions. C'est une problématique proprement tragique qui nous est donnée à voir. Mais Hou Hsiao-Hsien ne film pas ce drame avec lourdeur comme aurait pu le faire d'autres cinéastes, il fait l'inverse. Il nous emporte dans un univers calme, filme ses longues scènes avec patience et sensibilité. Son héroïne est filmée avec passion. Le regard qu'il porte sur elle relève d'une profonde empathie. Sa caméra très attentive aux détails tente de capter sur le visage impassible de son actrice, la déflagration qu'un tel choix représente. Shu Ki joue avec finesse cette femme qui doit dire non à ses émotions. L'actrice joue très bien cette retenue, cette sagesse, contrecarrée par son regard parfois fragile.

Radical formellement, le film détourne le genre du film de sabres. Ici il n'y aura que peu de scènes de combat. Ces scènes - magistralement chorégraphiées - malgré leur présences mineurs et presque furtives dans le film, ont une importance véritable, puisqu'elles nous guident vers une belle notion que le film porte : la légèreté. Hou Hsiou-Hsien s'intéresse à la légèreté de son personnage, qui dans les combats nous emporte dans une certaine splendeur esthétique. Le travail sur le son dans ces combats appuie justement la légèreté du corps de Yinniang, qui épure la piste sonore à seulement quelques sons, rendant un effet irréaliste. La manière dont il fait aussi sauter son personnage très haut (code emprunté du film de sabres, et dont il joue ici) renforce aussi cet aspect léger, presque volatile. Tout le film s'attache à représenter cette légère fluidité. On filme alors de longues discussions, toujours en plan séquence, derrière un rideau transparent qui balaye le cadre au rythme d'un doux vent. La caméra contemple la nature, il y a par exemple ce plan à la fin du film où Yinniang rejoint son maître en haut d'une montagne, alors que des nuages passent près d'eux d'un côté à l'autre de l'écran. La légèreté recherchée par Hou Hsiou-Hsien et le personnage de Shu Ki du films est intimement liée à la nature. Yinniang dans ses mouvements tend à devenir aussi souple et discrète que le vent. Hou Hsiaou-Hsien lui, tente de saisir cet insaisissable souffle, souffle de The Assassin.

La spiritualité traverse le film qui peut être pris comme une séance de méditation, tant le travail formel de Hou Hsiaou-Hsien change nos perceptions. Au moment où une grande majorité du cinéma commerciale et d'auteur nous écrase de sa lourdeur, un film comme The Assassin, prend le contrepied de cette tendance, en invitant le spectateur à atteindre cet état aérien.

 

Categories: Carnet de critiques

Laisser un commentaire