The Fits de Anna Rose Holmer

The Fits

DES CORPS LUMINEUX

Anna Rose Holmer, jeune réalisatrice américaine, nous offre l'un des meilleurs films de ce début d'année. The Fits, film enthousiasmant et vivifiant, peut rappeler les comédies musicales des années 50. Il n'en a pourtant pas les codes, malgré son fort rapport à la musique et à la danse. Il atteint cette grâce par sa volonté de capter l'essence des corps. De ce simple postulat, la réalisatrice développe un récit fantastique qui transcende un certain réalisme sans jamais le nier. En découle une poétique du réel et du corps nous laissant esquisser un sourire à la sortie de la séance.

Toni est une enfant d'une dizaine d'année, elle fait de la boxe avec son grand frère. Elle est la seule jeune fille du groupe de boxeurs et s'entraîne tous les jours dans une salle pleine d'hommes. Dans le même complexe sportif il y a une salle de danse hip-hop, que le personnage découvre par une étroite fenêtre grillagée. Ici il n'y a que des filles, Toni est fascinée par le souffle qu'elles dégagent, et tente sa chance dans cet autre monde, aussi rude que celui de la boxe. The Fits raconte l'initiation de Toni cherchant, à la fois, à trouver sa place dans ce groupe de danseuses, et, dans une quête presque existentiel, à prendre le contrôle de son corps. Somme toute, un film fantastique où les danseuses sont prises d'inexplicables et mystérieuses convulsions, contaminant peu à peu le récit d'initiation. Cette intrigue, mineur dans un premier temps, prend progressivement de l'importance et insinue au film une étrange tension. Les convulsions se révèlent, lors du final, comme étant une expérience transcendante libérant le corps et l'âme des danseuses. Ces convulsions ont pourtant l'apparence de crises épileptiques très violentes. Anna Rose Holmer creuse ici, un paradoxe intéressant. Les personnages se libèrent par la souffrance physique, il s'agit d'une ambiguïté proprement sportive, rarement traitée au cinéma. La réalisatrice américaine suit Toni s'épuiser. Dans une scène elle monte et descend rapidement les marches d'une passerelle avec son frère, ayant pour seul but de garder une certaine fraîcheur physique. Le corps de Toni est en permanence à l'effort, si bien que son souffle est un élément de la bande son rythmant le film au même titre que la musique abstraite composée par Michael Stevenson, William et Ryeisha Barrain. Cette musique pleine de dissonance symbole de cet épuisement des corps, est contrecarrée par une chanson R'n'B mélodique de Kiah Victoria. Comme si cette douleur abstraite se révélait lumineuse et libératrice.

Malgré une image grises et ternes, Anna Rose Holmer parvient à nous offrir un film lumineux et plein d'espérance. Trop de films aujourd'hui sont sans nuance, reflétant généralement le pessimisme de leur fond. The Fits tient un propos plus subtile. Le gris évoque, comme bien souvent, le cadre prosaïque des personnages : le gymnase semble usé, les alentours, entrevus, semblent représentatifs d'un quartier négligé, avec cette passerelle aux grillages rouillés et de sombres immeubles. Pourtant la pauvreté n'est jamais pointée du doigt, elle se tapit au fond de l'image. L'objectif des personnages est de dépasser cette grisaille qui les entoure ce que font Toni et son amie en s'amusant la nuit dans le gymnase désert. Elles enfilent leurs combinaisons de danseuses faites de paillettes jaunes, et éclairent par le reflet de leur habit l'obscurité relative du gymnase. Elles illuminent les lieux de leurs éclats de rire et de leur innocence. Dans The Fits, il faut toujours être au combats, en mouvement. Ne jamais rester statique pour ne pas se laisser engluer dans l'acier et la grisaille.

 

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