Un jour avec, un jour sans de Hong Sang-soo

Un jour avec, un jour sans

PAS DE DEUX

Le Hong Sang-soo annuel, successeur du très court Hill of Freedom sorti en 2015 et auréolé du Léopard d'or au Festival de Locarno la même année vient de nouveau faire souffler un vent de fraicheur sur la toujours plus survitaminée production sud-coréenne. En comparaison à certains films comme Mademoiselle ou The Strangers présentés à Cannes en 2016, Un jour avec, un jour sans impressionne par la rétention stylistique de son trait.

Adepte des structures ludiques, toujours vectrices d'une émulation narrative et formelle, Hong Sang-soo rappelle qu'il est le plus expérimentateurs des cinéastes contemporains en ce qui concerne les potentialités du montage au sein du cinéma narratif. Déjà dans Hill of Freedom, la narration alignait des lettres lues dans le désordre que le spectateur-monteur devait réorganiser pour entrevoir la chronologie du film. Son travail sur la plasticité du montage le rapprocherait d'un cinéaste comme Yasujiro Ozu, lui aussi obsessionnel des même motifs, les faisant varier dans un jeu habile sur l'agencement des fragments (plans) à l'intérieur du film comme un morceau de puzzle à placer, guidant une pensée rigoureuse du découpage. Mais là où réside la singularité de Hong Sang-soo c'est dans sa façon de faire varier à chaque film son dispositif narratif.

Un jour avec, un jour sans s'illustre comme le film le plus limpide sur cette question de la variation, construisant le film en deux bloques poreux, se répondant sans cesse comme si l'un était le miroir déformé de l'autre. Une narration minimale vient épouser le déploiement du dispositif. Un réalisateur, avatar récurrent de Hong sang-soo, doit se rendre à Suwon, ville de province pour participer à une conférence sur l'un de ses films. « Un jour avec », et « Un jour sans », les deux parties du films reposent sur le même postulat, le même point de départ : le réalisateur Ham Cheon-soo arrive un jour trop tôt suite à une erreur dans l'organisation, provoquant la rencontre avec la radieuse Yoon Hee-jeong qu'il va alors tenter de séduire.

Le film cultive une logique des contraires dans sa façon de construire ses deux mouvements. En modifiant d'une version à l'autres les modalités de la rencontre entre le réalisateur et la jeune femme comme si le premier était un remake vertueux du second, Hong Sang-soo brosse en creux sa vision de la rencontre amoureuse. Dans la première version de la rencontre, Ham Cheon-soo n’apparaît que comme un vulgaire dragueur constamment en représentation, ne voyant en Yoon Hee-jeong qu'une proie facile à aborder. A l'inverse, dans l'autre partie du film, se révélant beaucoup plus émouvante, le réalisateur ouvrira littéralement son cœur à la jeune femme, faisant du tique visuel de Hong Sang-soo, le zoom, un motif du dévoilement, de la révélation.

En scrutant l'âme de ses personnages au sein de sa structure savante, le film atteint au détour d'une scène apaisée dans une salle de cinéma ce qui semble être un horizon harmonieux, où ce qui aurait pu être de l'ordre du ratage dans la première partie se voit transcender par la beauté de l'union dans la seconde. Le film semble tout entier tendre vers cette scène qui n'avait justement pas pu avoir lieux dans la première version de leur aventure, concluant sur la beauté sidérante du plan de fin, la jeune femme disparaissant dans une grande rue enneigée.

 

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